Sur ses monumentaux tableaux carrés, Raphaëlle Pia ne peint pas seulement une rose: elle
en piège l’essence, en fait vibrer la symbolique multiple. Subtils, les froissements de mauve
et d’orangé translucides, de carmin ou de jaune lumineux montrent la fleur et uniquement
la fleur, la fleur sans tige ni feuilles. A peine éclose ou en bouton gonflé d’espoir, épanouie ou
lasse déjà et prête à se désassembler, celle-ci occupe seule tout l’espace. C’est à l’évidence une
rose : cependant, les spectateurs y lisent qui une blessure, qui un sexe féminin violemment offert,
qui un labyrinthe, un éclaboussement solaire ou un coeur explosé. Car sa plénitude fragile
renvoie à l’éphémère ; sa beauté a quelque chose de douloureux, de dangereux ; la virulence
de ses tonalités centrales se dilue, aux confins de la toile, dans l’absence. Apparemment juste
esquissées, ces roses - presque des vitraux dans une église qui n’en comporte pas - sont au vrai
rigoureusement structurées.
Extrait de Un froissement mystique de Roses .
Béatrice Comte . Figaro Magazine
consultable sur le site www.raphaellepia.fr |
L’approche de cet ensemble de toiles se fait dans le silence et dans l’attente. De grands rectangles
sombres... Des bandes juxtaposées, des fonds montés et travaillés à l’huile parfois enrichis desable
varient, de l’âpre matité à la brillance séductrice, suivant l’éclairage ou le postionnement du spectateur.
Et le spectateur se doit de s’y abandonner, de s’en laisser posséder, en toute intériorité.
Ces toiles se veulent à la dimension humaine. Pour un corps à corps plus spontané et plus profond.
Le spectateur ne doit pas craindre de mettre les pieds dans la toile, de s’en laisser envahir, et de
tourner autour de la forme, en douceur. Puis se fondre avec elle, en elle et entrer dans l’oubli, évacuant toute anecdote et se laissant dominer par un état de contemplation et de vacuité.
...chaque tableau apporte avec lui un carré de silence
et une raison à notre ramage intérieur de s’interrompre.
Claudel, notes sur Fantin Latour 1941
www.musimem.com/boisgallays.htm
|