Alexandra
Wolf
CADAVRE EXQUIS
21H, tombée de la nuit, Patrick Domain,
Place Dauphine, assis sur un banc. Le bloc
de papier blanc sorti et l’appareil
autour du cou, je lui explique une dernière
fois les règles du “cadavre exquis*”.
Après avoir écris ma première
phrase qui commence toujours ainsi “suspendue
à un fil, ma pensée danse au
fond d’un puits”, je détache
la feuille et tout en la tendant à
mon co-poète, lui annonce mon dernier
mot. Il réfléchit un instant
puis enchaîne. Comment d’autres
vont prolonger les premiers mots, les faire
évoluer, les transformer. Je tourne
autour de lui, cherche la lumière,
son regard…
À son tour il me tend la feuille qui
au fur et à mesure se rétrécit.
Au dernier pli, je lui demande de lire le
poème au complet et une dernière
fois je capte ses émotions, sa surprise.
*La rencontre doit se faire la nuit dans un
lieu que la personne aura choisi au préalable.
Aussi pour rendre le cadavre exquis plus personnel,
il est possible de transformer le dernier
mot donné. Ainsi, si le dernier mot
annoncé est “bonheur”,
on pourra commencer par “bonne heure”,
seule la phonétique compte.
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Clémence
Urbain
Le monde est là, autour.
La lumière s'y promène pour parfois
finir dans un oeil et donner vie à une
image. Une petite boîte noire est là,
dans ce même monde. Un minuscule trou
lui permet de jouer à être un oeil.
Elle capture la lumière et la fixe sur
un morceau de papier. Voici une photo. La lumière
doit s'imprégner lentement, non pas un
instant mais un vrai moment, trente secondes,
quelques minutes... L'image n'est plus celle
du monde, mais alors celle du temps qui y passe
doucement en y laissant ses traces.
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Sténotype,
accordéon. |
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